23 novembre 2009
Les idées en art
(Num.101 BOUHIOUI) 21 novembre 2009
Comme les yeux qui ont besoin de lumière pour voir, l’esprit a besoin d’idées pour créer. Les artistes sont les vecteurs qui génèrent les nouvelles vagues d’idées. Car l’art est basé sur les idées nouvelles –sans être nécessairement grandioses.
L’idée en elle-même n’est pas aussi importante que la manière dont elle est considérée. Les gens qui pratiquent un art, savent qu’une bonne idée ne suffit pas si elle n’est pas accompagnée d’une sorte d’énergie mystérieuse pour lui donner vie. Beaucoup de gens trouvent de bonnes idées qu’ils finissent par négliger.
Il ne suffit pas de peindre, écrire ou composer, on a aussi besoin de réfléchir inlassablement pour s’assurer d’un flux constant d’idées. Ceux qui trouvent des idées toutes neuves sont ceux qui en changent souvent, comme des chemises… Pratiquer un art nécessite une grande facilité à trouver des idées. Certaines fois, elles viennent facilement, comme un don du ciel, et d’autres fois elles se font rares. Alors, pour s’en sortir, chacun développe ses propres méthodes.
Mozart, par exemple, trouve des idées dans la solitude: « Quand je suis… complètement moi-même, vraiment seul… ou bien quand j’ai une insomnie, c’est là que mes idées sont les plus abondantes…». D’autres développent la capacité de trouver des idées partout. Pour permettre aux idées de venir jusqu’à eux, ils ne négligent rien et gardent les yeux ouverts à l’inconnu et aux choses peu communes. « Cela ne doit pas être difficile pour vous de vous arrêter quelques fois et regarder les taches sur un mur ou bien la cendre d’un feu, les nuages, la boue ou des endroits comme ceux-là dans lesquels… vous pouvez trouver des idées merveilleuses. » (Leonard de Vinci)
Les idées ne viennent pas toujours finies, il s’écoule parfois beaucoup de temps avant qu’elles ne prennent forme. Il y a des peintres qui disent commencer à peindre sans la moindre idée d’avance de ce qu’ils vont créer. J’ai personnellement un mal fou à imaginer cela ! Je crois qu’en peinture, on a besoin d’une idée, même vague, pour commencer et ensuite on peut laisser ses mains, son instinct et son talent créer. « Je commence avec une idée et puis elle devient quelque chose d’autre » (Pablo Picasso)
En prenant un bain ou en somnolant, on trouve de très bonnes idées que les esprits les plus vifs notent pour ne pas oublier. Le succès peut n’être qu’à une idée près ! Une idée qui peut changer une vie. Pensez à Pollock avec sa peinture qui coule sur la toile. Rien d’extraordinaire quand on y pense, mais parfois, même les idées les plus simples peuvent s’avérer puissantes si elles sont trouvées quelque temps avant les autres et prises au sérieux.
Plus on réfléchit, plus on a des idées. Et plus on a des idées plus on peut en avoir ! On dirait que lorsqu’elles sont nombreuses, elles s’accouplent pour donner naissance à d’autres idées. Ces dernières créent leur propre espace. C’est connu, un esprit élargi par les grandes idées ne retrouve jamais ses anciennes dimensions.
16 novembre 2009
Le relationnel dans l’art
(Num.100 BOUHIOUI) 14 novembre 2009
A tort ou à raison, je ne sais pas, il m’arrive d’imaginer les artistes des siècles passés, sereins dans leurs ateliers, y passant la majorité de leur temps. Je les imagine loin de l’agitation permanente des hommes. Recevant leurs clients ou leurs élèves dans leurs ateliers sans avoir à sortir. Et je les envie !
Je les imagine sans téléphone pour les interrompre toutes les heures, ni télévision pour les déprimer avec les innombrables catastrophes quotidiennes dans le monde. Je les imagine travaillant, créant, du réveil ou sommeil, sept jours sur sept ! Et je les envie !
Je les envie car nous autres, artistes d’aujourd’hui, sommes sollicités de toutes parts. Et bien que nous ayons la liberté de sortir ou de rester dans nos ateliers, nous finissons souvent par adopter l’option de sortir régulièrement, aller à la rencontre des gens, en particulier ceux liés à notre art. Alors pour une rencontre d’une heure ou un simple vernissage, il nous arrive de perdre une journée ou toute une soirée de créativité !
Talent ou pas, aujourd’hui, nous ne pouvons plus rester chez-nous et attendre que les gens s’intéressent à notre art. Il y a tellement d’autres artistes dans le monde qu’il faut absolument ‘paraître’ régulièrement… Nous avons de plus en plus besoin d’aller à la rencontre du public et des media. Ce public qui a de plus en plus de choix, de possibilités, et de moins en moins de temps pour chercher, apprécier ou juger.
La majorité des artistes qui réussissent arrivent à gérer leur temps en le partageant judicieusement entre création et relationnel. Certains artistes adorent aller à la rencontre des gens, des collectionneurs, des mécènes, des galeristes, des hauts responsables et des media. Ils peuvent passer la majeure partie de leur temps dans le relationnel sans que cela les gêne. Et tant-mieux pour eux car d’un autre côté, il y a des artistes incapables d’aller vers les gens, de solliciter quoi que ce soit. Le prix à payer est l’isolement.
Il y a quatre ans, lors d’un vernissage d’un artiste quinquagénaire inconnu, une équipe de télévision a voulu l’interviewer. Ce dernier a refusé l’interview, prétextant qu’il n’avait pas besoin de parler de son art car ses œuvres parlaient pour elles-mêmes... Résultat aujourd’hui : il est toujours inconnu !
Jadis, les œuvres pouvaient peut-être parler d’elles-mêmes, mais aujourd’hui il y a tellement d’artistes et si peu de temps qu’il est facile de passer inaperçu, même avec beaucoup de talent.
Dans cette cacophonie, il devient très difficile d’entendre une œuvre parler d’elle-même ! On a de plus en plus besoin de l’aider à se faire entendre… Développer des relations durables et fiables, des relations de confiance, de gain mutuel est désormais une activité indispensable aux artistes pour que leurs œuvres, aussi intéressantes soient-elles, trouvent des yeux pour les apprécier et des oreilles pour écouter leurs histoires.
09 novembre 2009
Nature et peinture
(Num.99 BOUHIOUI) 07 novembre 2009
En peignant tous les jours, on développe un sens de plus en plus aigu pour les formes et les couleurs. On se met alors à remarquer des combinaisons de couleurs ou de formes un peu partout dans la nature.
La nature est une source d’inspiration inépuisable pour les artistes qui savent garder les yeux ouverts pour lui « voler ses idées ». La vie et la nature sont d’incroyables stimulateurs pour les esprits créatifs. L’artiste sait détecter les formes et les couleurs naturelles. Déguster la chaleur du soleil, la fraicheur de la brise, l’odeur de l’océan, l’humidité de la forêt... Cet arbre qui, pour beaucoup de gens, est une simple chose verte qui se trouve sur leur chemin peut représenter une grande source d’émotion et d’imagination pour un artiste.
A l’image de l’artiste poète, la nature réussit à produire les effets les plus beaux et les plus impressionnants avec très peu de moyens. On peut aller aux meilleures écoles d’art pour y apprendre les recettes humaines sans jamais égaler les possibilités qu’offre la nature. Le nombre de combinaisons possibles dans la nature est simplement infini. Il m’arrive de noter en urgence une combinaison inattendue sur le premier bout de papier que je trouve. Croyez-le ou pas, c’est mille fois plus riche qu’un cours sur l’harmonie des couleurs et des compositions.
Sans nécessairement copier la nature telle qu’elle est, on s’en sert pour sélectionner ce dont on a besoin pour compléter son imagination. On la représente à sa manière. La nature suggère l’ambiance et l’artiste l’interprète et la propose aux yeux des observateurs pour y jeter un regard frais.
C’est incroyable comment la nature peut aussi aider à résoudre des problèmes de peinture : combinaisons de couleurs, formes, courbes, ombres, lumières, contrastes,…
Il y a quelques jours j’ai eu une grosse envie de vert. Mais, côté coordination des couleurs, quelque chose n’allait pas. Un nu tout en vert était difficile à réaliser. Divers verts les uns sur les autres donnaient trop de… vert. Alors, mon envie de vert passée, j’ai laissé la toile de côté pour en entamer d’autres.
Puis au moment où je n’y pensais plus, j’ai vu une femme en djellaba dans des tons ocre-orange traverser un espace vert. Je n’ai pas pu m’empêcher de repenser à ma peinture verte. De retour à mon atelier, je me suis efforcé de recréer l’ocre-orange de cette inconnue. Et voilà, c’était ce qu’il manquait à ma peinture pour trouver une certaine harmonie. Et si cette combinaison n’était pas la meilleur, au moins elle était mieux que ce que j’avais trouvé jusque là ! Alors, toutes proportions gardées, cette relation homme-nature m’a fait penser à ce qu’a dit William Blake : « Quand les hommes et les montagnes se rencontrent, d’importantes choses peuvent se passer »
Certains se demandent si l’art pouvait exister sans la nature ! Moi, je pense que cette question d’ordre philosophique est complexe car le monde, dès qu’il existe, est nature.
02 novembre 2009
Les noms d’artistes
(Num.98 BOUHIOUI) 31 octobre 2009
Théoriquement c’est la qualité des œuvres qui fait les bons artistes. Mais il arrive souvent qu’un nom de famille ne soit pas bien adapté. Cela dépend des contextes. Je pense qu’il y a trois types de noms d’artistes, les beaux-noms qui peuvent aider, les noms ordinaires dont l’effet est neutre, et puis les noms inadaptés qui peuvent représenter un handicap comme le cas, par exemple, d’un artiste expatrié dont le nom est imprononçable pour les locaux. Ou un nom simplement trop laid. Ou encore un nom qui devient inapproprié à cause d’un conflit politique ou social. Imaginez, par exemple, un peintre très doué mais qui s’appellerait Oussama benne-basculante aux États-Unis juste après le 11 septembre 2001…
Si le nouveau nom n’aide pas, il permet au moins d’éviter que l’ancien ne soit un handicap. Le changement peut ouvrir de nouvelles portes, de nouvelles possibilités. « Il n y a pas de problème avec le changement si c’est dans la bonne direction » (Winston Churchill)
Les raisons sont diverses et beaucoup plus d’artistes que vous ne puissiez imaginer choisissent de changer de noms. Il paraît que les artistes japonais empruntent de nouveaux noms à chaque fois qu’ils atteignent un plateau dans leurs carrières.
Le vrai nom de Mark Rothko est Marcus Rothkowitz ! Pareil pour Pablo Picasso dont le père est José Ruiz Blasco, professeur d'arts plastiques, et la mère, Maria Picasso y Lopez. Au début il signait ses tableaux en utilisant à la fois les noms de son père (Ruiz) et de sa mère (Picasso), mais à partir de 1901 il décide d’utiliser uniquement le nom de sa mère (Picasso) pour signer ses œuvres.
Il y a des gens très célèbres par la multitude de noms qu’ils ont empruntés. C’est le cas de l’écrivain portugais Fernando Pessoa (1888-1935) par exemple qui, sous quatre faux-noms, a produit pas moins de 17000 poèmes, romans et autres travaux! On dit qu’à chaque nom emprunté correspondait un style littéraire différent. Quatre noms en une vie si courte est un exploit !
Cela dit, on n’ose pas toujours le dire mais le fait de changer de nom émane le plus souvent d’un besoin de reconnaissance rapide. Car autrement, même avec le pire des noms qui soient, si la qualité du travail est exceptionnelle, l’histoire s’en rappelle. Pensez au philosophe Nietzsche dont le nom ne contient pas moins de cinq consonnes qui se suivent sans voyelles et dont on accepte le nom grâce à la qualité du travail…
L’autre problème des faux-noms est que les professionnels du marché de l’art ne sauraient pas parler du parcours de l’artiste, des vraies anecdotes ou de sa vraie biographie… J’ai lu l’histoire d’un artiste qui a commencé à peindre dans les années 70 et a aussitôt changé de nom. Aujourd’hui il regrette le fait que son vrai nom soit associé uniquement à des travaux de débutant exécutés dans les années 70 alors que ses meilleurs travaux sont associés à un nom qui n’est pas le sien…
MERCI.
BOUHIOUI
26 octobre 2009
Mail art
(Num.97 BOUHIOUI) 24 octobre 2009
C’est bien de mail art que j’aimerais vous parler et non pas d’art postal, qui se définit différemment. L’art postal concerne les œuvres d’art inspirées d’objets liés à la poste, une façon de détourner l’objet postal de sa vraie fonction, alors que le mail art est une correspondance artistique, un art qui ne s’occupe pas de l’objet postal mais qui utilise le service postal.
Pour distinguer mail art d’art postal, Renaud Siegmann (ouvrage « Mail Art: art postal, art posté »), a dit : « si l’art postal était du fauvisme, alors le mail art, serait de l’expressionnisme »
Pour en simplifier sérieusement la définition, je dirais que c’est un échange de courrier dans des enveloppes décorées de manière originale, libre et spontanée. Un espace de création sans règlements et sans frais.
Pour ma part, c’est Anne-Judith, une amie artiste et galeriste belge qui m’y a initié. Et bien que manquant de régularité, je trouve le principe très inspirant. Donc, j’envoie et reçois de belles enveloppes peintes, décorées ou écrites de manière originale selon l’expéditeur. Souvent l’enveloppe ne contient rien, c’est elle-même l’œuvre.
Une œuvre faisant partie du mail art doit être véhiculée par la poste, fermée, affranchie et comportant les adresses du destinataire et de l’expéditeur. Chaque mail artiste anime son propre réseau, loin des lois du marché de l’art en gardant le contrôle de la production et de la distribution des œuvres.
Les adeptes du mail art sont généralement des gens qui apprécient la spontanéité, l’effet de surprise et le côté aléatoire du courrier qu’ils peuvent recevoir. Certains artistes utilisent de la peinture, d’autres du collage, d’autres écrivent des poèmes… (Personnellement j’aime utiliser le monotype). C’est un art qui crée une dynamique entre le mot et l’image et où la littérature et les arts plastiques sont intimement liés.
Pour la petite histoire, c’est Ray Johnson (1927-1995), artiste new-yorkais, qui est considéré être le père fondateur du mail art. Depuis les années 1950 et jusqu’aux années 1990 (début d’Internet), un réseau international de plusieurs milliers de mail artistes s’était constitué, recouvrant une cinquantaine de pays. Le mail art a subit l’influence d’autres mouvements, tels que Dada et Fluxus mais Ray Johnson s’est toujours défendu de faire partie de ces mouvements, permettant au mail art d’être accessible et ouvert à tous en se démarquant de l’art « élitiste et mercantile ». Parmi les nombreux adeptes on trouve Dick Higgins, l’un des principaux artistes du mouvement Fluxus. En plus des peintres et futuristes italiens, notez que des artistes et poètes tels qu’Apollinaire, Duchamp, Bonnard, Satie, Braque, Matisse, Picasso et bien d’autres ont considérablement contribué à cet art.
Quant aux plus engagés, ils considèrent simplement que le mail art a commencé quand Cléopâtre s’était faite délivrer à Jules César enroulée dans un tapis !
Merci.
BOUHIOUI
19 octobre 2009
Comme sur un tapis Volant
(Num.96 BOUHIOUI) 17 octobre 2009
C’est la seule image qui me vient à l’esprit ! Peindre en écoutant de la musique donne l’impression de flotter sur un tapis volant. On est transporté par la musique. Et selon les tempéraments des peintres, il y a des ‘tapis’ qui flottent tout en douceur et d’autres avec beaucoup plus de rythme.
La musique permet à beaucoup d’artistes de se concentrer sur l’exécution de leurs idées dans de bonnes conditions. Peut-être qu’elle occupe une partie du cerveau, permettant aux autres sens de baigner spontanément dans la couleur, les lignes et les formes ?
La musique ne communique pas de pensées comme les mots, elle communique des sentiments. Et si on pouvait l’expliquer par des mots, elle n’aurait plus de raison d’exister. Des sentiments dont chacun se sert à sa manière. Des sentiments souvent inspirateurs pour les peintres. Tellement inspirateurs qu’il est parfois possible des mois, voire des années plus tard de regarder une peinture et de se rappeler de la musique qui se jouait durant son exécution.
Il y a quelques similitudes entre peinture et musique. Elles ont en commun les concepts de ligne, de texture, de design et donc de composition. Ne dit-on pas qu’une musique a de la couleur et qu’une peinture a du rythme ? Quand les couleurs vont ensemble, elles créent un son cohérent, comme une chorale en parfaite harmonie. Il m’arrive de sentir de la musique en regardant des peintures et de voir des images en écoutant de la musique !
La musique est le langage universel de l’humanité. Mais les gouts diffèrent. Personnellement j’aime le côté linguistiquement neutre de la musique classique. Tout en appréciant un grand nombre de styles musicaux, je suis un admirateur de Mozart car il est particulier. « Peut-être que lorsque les anges prient dieu, ils jouent uniquement du Bach. Mais je suis sûr que, lorsqu’ils sont en famille, ils jouent du Mozart » (Karl Barth, théologien suisse)
Il n’y a pas que la musique classique sur terre. Il y a les musiques populaires et les classiques de chaque région… Je ne suis pas de ceux qui méprisent les musiques dites populaires… les besoins des gens sont différents. Et de toutes façons, toutes les musiques sont appréciées par des gens, par le peuple, qu’il soit riche ou pauvre, éduqué ou inculte… « Toutes les musiques sont des musiques populaires. Avez-vous déjà entendu chanter un cheval? » (Louis Armstrong)
La musique rend les gens plus souples et les artistes plus créatifs. C’est d’ailleurs la seule langue qui ne permet pas de communiquer la méchanceté ou le vice. C’est vrai qu’on peut vivre sans musique et pas sans pain, mais essayez d’en convaincre les passionnés de musique !
En écrivant ces lignes, j’ai écouté le troisième Concerto Pour Piano et Orchestre de Rachmaninov et je suis entrain d’écouter Tannhäuser de Wagner. Si vous n’aimez pas spécialement la musique classique, mettez vos hauts parleurs à fond et laissez-vous emporter. Sans musique la vie serait une erreur, selon Nietzsche.
Merci.
BOUHIOUI






