Exposition "Métapeinture, évolution et volition"
Montréal le 19 janvier 2012 par -18 degrés!
Vernissage de l'exposition intitulée "Métapeinture, évolution et volition"
à la galerie "Les Démons de Notre-Dame", 1842 rue Notre-dame, Montréal.
Photos du vernissage:
Grandeur et humilité
Le grand art a, à la fois, un contenu technique, émotionnel, et intellectuel. C’est ce qui exprime le mieux ce que l'on ressent. Il nous touche, nous ravive l’esprit, nous change, et ajoute à notre expérience de la vie sans nécessairement nous imposer ses propres valeurs. C’est aussi ce qui confère une certaine grandeur à son auteur.
Mais attention, la grandeur n’est pas forcément celle qui est accompagnée d’arrogance. La véritable grandeur est simple, humble, discrète, parfois dissimulée. En effet, la marque de la grandeur est le naturel, et les caractéristiques des vrais grands artistes sont l’humilité et la modestie, car la grandeur ne peut exister sans bonté. Oui, les grands artistes ne sont pas ceux qui engagent des agents de relations publiques pour glorifier leur image ; ils sont mesurés, car ils savent que pour arriver là où ils sont, ils ont traversé des moments de peine, de souffrance, de dépression et d’anxiété.
Oui, la grandeur se développe souvent à travers les périodes les plus sombres de la vie des grands artistes. Obsédés par leur travail et son évolution, ils passent par des moments de doute, de remise en question et de profonde introspection.
Il est donc beaucoup plus probable d’être un artiste quelconque que d’être grand. En effet, la grandeur ne nécessite pas uniquement beaucoup de talents, mais aussi du courage, des buts très clairs, un total dévouement, une certaine vision et une bonne dose d’intuition. Et comme il est quasiment impossible de réunir toutes ces aptitudes en même temps, il s’agit peut-être, pour l’artiste qui aspire à la grandeur, de commencer là où il se trouve, avec ce qu’il est, ce qu’il représente, et avec les moyens qu’il possède. Toutes les grandes réalisations ont des débuts modestes. Elles ne se font pas sur des coups de tête ou des impulsions. Elles sont souvent l’union d’une longue série de petites choses. Donc, à défaut de pouvoir faire de grandes choses rapidement, on peut toujours commencer par faire de petites choses, avec grandeur.
Les grands artistes, regardés de près, ne sont que des hommes capables de trouver l’équilibre entre les forces opposées de l’estime de soi et le doute. Ils sont ainsi capables de transformer leur talent, et aussi leurs erreurs, en énergie motrice pour progresser. Ils ont la force de pouvoir combiner une forte confiance en soi avec une profonde humilité afin de rayonner sur le monde.
Certains esprits rayonnent encore depuis plusieurs siècles ! Khalil Gibran rappelait qu’à l’instar de la lumière que nous recevons encore des étoiles éteintes depuis des milliers d’années, nous recevons encore le rayonnement de la personnalité des grands hommes morts depuis des siècles.
Et naturellement, les grands artistes subissent inévitablement les attaques des jaloux, des paresseux et des petits esprits : « Les grands esprits ont toujours rencontré l'opposition violente des esprits médiocres, » Albert Einstein.
Merci.
BOUHIOUI
La légende de l’artiste affamé
(Num.38 BOUHIOUI) 24 septembre 2011
D’où vient le stéréotype de «l’artiste affamé»?
Il existe plusieurs types d’artistes affamés: les artistes inconnus qui meurent souvent dans la pauvreté, croyant que leur travail les sortirait de la misère sans qu’ils aient à faire des efforts ; les bourgeois qui ont choisi volontairement de mener une vie de bohème pour son charme romantique ; les artistes sans beaucoup d'argent, mais avec beaucoup d'ambition ; les artistes qui ont un peu d’argent mais qui le dépensent entièrement dans leurs projets artistiques ; et puis les autres, ceux qui n’arrivent simplement pas à percer. De manière générale, « l’artiste affamé » ou « l’artiste pauvre » est un artiste qui sacrifie le bien-être matériel pour se concentrer sur la créativité.
Le lien entre degré de souffrance endurée par un artiste et l’authenticité de son art nous vient de la fin du 18ème – début du 19èmesiècle. Cette association, typique du romantisme de cette époque-là, se retrouve dans un grand nombre d’œuvres visuelles, littéraires ou même musicales, telles que l’opéra « La bohème » de Puccini, par exemple.
Et il est vrai que cette légende ne vient pas de nulle part. Le tableau “Chambre à Arles” de Van Gogh 1888, donne une représentation visuelle de ce qu’était la vie d’un artiste misérable du 19ème siècle. Baudelaire noyait son mépris dans l’opium. Et Verlaine se faisait régulièrement chasser à coups de cailloux par des enfants.
De nos jours, partout dans le monde, l’idée de l’artiste affamé évoque encore un sentiment mystérieux et romantique. Elle évoque des histoires d’artistes peintres, de poètes, de musiciens ou acteurs du passé qui avaient choisi une vie de pauvreté pour pouvoir vivre leur rêve.
En raison de la manière dont la littérature et les médias populaires ont dépeint les artistes, ces derniers ont été, eux-mêmes, menés à croire qu'ils doivent mener une vie de pauvreté. Eh oui, c'est plus tentant d'idéaliser des histoires d'échec, comme celles de Van Gogh ou de Mozart.
Il y en a qui se forcent à être misérables, croyant que cela pourrait améliorer leur art. Il existe même des recettes pour se rendre malheureux et produire un art « authentique ! »
Mais en y pensant bien, l’on se rend compte que, généralement, ces artistes étaient pauvres parce qu’ils n’étaient simplement pas doués pour la finance. En effet, il y a eu, et il existe encore, des artistes qui réussissent très bien à vivre de leur art. Certains d’entre eux baignent dans le luxe.
Eh oui, il existe des artistes qui croient encore que la pauvreté mène à un« meilleur » art. Or, lorsqu’un artiste est doué, la pauvreté et le besoin, ne peuvent que nuire à sa créativité. Albert Camus aurait dit, en d’autres mots, à peu près ceci « la souffrance ne fait pas l’artiste, mais l'art fait souffrir. »
Merci.
BOUHIOUI
Du dégoût à l’admiration
(Num.190BOUHIOUI) 17 septembre 2011
Le jour où j’ai découvert Antoni Tàpies était aussi le jour où j’ai été, pour la première fois de ma vie, littéralement dégoûté par une œuvre d’art. Son œuvre intitulée« Grand drap noué aux détritus » et datée de 1971 aura été l’une des rares œuvres d’art à m’inspirer de la répugnance !
D’ailleurs, je me souviens que dans le livre que je lisais, on avait intitulé cette œuvre« Grand drap noué aux détruits, 1791 » au lieu de « Grand drap noué aux détritus, 1971. » La personne qui a inscrit ce titre devait être suffisamment dégoûtée pour écrire « détruits »au lieu de « détritus » et « 1791 » au lieu de« 1971. » Enfin, ces œuvres qui offusquent ont au moins le mérite de ne pas laisser indifférent.
À part cela, Tàpies, qui est né en 1923 et vit à Barcelone, centre espagnol de l’avant-garde artistique depuis le milieu du 19ième siècle, a eu une carrière prolifique qui dure depuis plus de soixante ans. Sa toute première exposition date de 1950. La même année, il obtenait une bourse pour aller à Paris. Une fois là-bas, il eut la fabuleuse chance d’être apprécié par l’influent critique d’art Michel Tapié (la ressemblance des noms est une simple coïncidence) qui aura défendu l’art de Tàpies avec beaucoup d’enthousiasme.
Si je vous parle de Tàpies c’est parce que, entre temps, je suis devenu très curieux de son art, et avide de ses écrits. Il a publié son premier ouvrage, La pràctica de l’Art, à l’âge de 47 ans. Quatre ans plus tard, en 1974, il a publié L’Art contra l’Estética, puis d’autres ouvrages tels que Memòria personal (1978), La realitat com a art (1982), Per un art modern i progressista (1985), Valor de l’art (1993) et L’art i els seus llocs (1999).
Au début de sa carrière, il était considéré comme le principal représentant de l’art informel. À partir des années 1970, il a commencé à incorporer dans ses œuvres toutes sortes d’objets. Il était donc relativement difficile de classifier son art vu qu’il révélait des parallèles avec l’arte povera, l’expressionnisme abstrait, le pop art et d’autres mouvements.
Peintre, sculpteur, graveur et écrivain, Tàpies est passionné par la philosophie, la littérature et la musique –surtout les romantiques tels que Brahms et Wagner. Mais je pense qu’il est surtout peintre, car il utilise essentiellement de la peinture, enrichie de diverses substances. En effet, sa caractéristique principale est l’usage de pigments appliqués en empâtement épais, auxquels il ajoute parfois du sable et divers matériaux.
Son message est axé sur la réévaluation de ce qui est considéré comme bas, répulsif, désagréable ou dégoûtant, comme ces nombreux détritus mués en art. En d’autres mots, rien de ce qui est habituellement méprisé ne devrait l’être. Pour lui, « le moindre geste de vie, un simple graffiti sur un mur, s’il est justifié par un fait humain, a infiniment plus de valeur que toute la peinture des musées, dépourvue de tout lien avec notre existence. »
Merci.
BOUHIOUI
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C’est dans le cheminement
(Num.36 BOUHIOUI) 10 septembre 2011
Certes, le jour de l’exposition des œuvres est un grand jour pour l’artiste peintre. Le vernissage, les invités, les amis, les médias et les félicitations procurent beaucoup de plaisir et un bon sentiment d’aboutissement. Mais le mot « aboutissement »porte en lui, quelque chose qui semble définitive, qui ne laisse aucune place à l’attente, à l’espoir, au progrès ! L’aboutissement qui rime avec orgueil, doute ou tentations, est le pire ennemi du progrès.
Les gens qui aiment l'action et la vie pleine de nouveaux événements éclatants, qui arrivent de nulle part, commettent une erreur double, à mon sens. D’abord, ils ne se rendent pas compte à quel point le cheminement est enrichissant, ensuite ils prennent le risque de n’aboutir à rien d’important. En effet, rien n’est sûr dans la vie, et ce que l’on attend, l’on souhaite ou l’on appréhende n’arrive pas obligatoirement.
Si l’aboutissement est le seul souci, comment savoir alors si l’on a pris le bon chemin ? Comment peut-on se passer de toutes ces petites réussites intermédiaires qui accompagnent le cheminement naturel des choses ? Sans les succès partiels, il ne peut y avoir de progrès.
Imaginez la différence entre le fait de prendre un moyen de transport pour aller d’un endroit à un autre, et y aller à pied, pas à pas, en observant chaque petit détail sur la route, en s’attardant à chaque endroit attachant. L’on se rend compte alors que chaque étape est importante et que le voyage est souvent plus captivant que l’arrivée.
La nostalgie des semaines, voire des mois, passés dans l’atelier à créer, àœuvrer, à préparer les peintures, interpelle habituellement les artistes qui aiment peindre. C’est dans le cheminement que les choses se font ou se défont. Atteindre un but est un bon sentiment, mais le vrai délice se trouve dans tous ces petits plaisirs que l’on rencontre le long du chemin.
Le cheminement, est le temps présent, l’avance hésitante, comme l’a dit Franz Kafka « Il y a un but, mais pas de chemin ; ce que nous nommons chemin est hésitation. » C’est l’avance progressive avec un but, une attente, un projet, un espoir de s’améliorer. Le cheminement, c’est ce qui peut nous changer en cour de route. Car, chemin faisant, sans s’en apercevoir, l’on découvre que certaines choses d’apparence anodine peuvent être vitales, alors que celles que l’on croyait importantes peuvent, éventuellement, l’être beaucoup moins.
La compréhension chemine avec le processus. En respectant le temps que nécessite le cheminement naturel des choses, l’ont peut changer de direction en cour de route, prendre de nouveaux sentiers, expérimenter de nouvelles choses, faire de nouvelles rencontres et peut-être aboutir à de meilleurs résultats. « ...une œuvre d'homme n'est rien d'autre que ce long cheminement pour retrouver par les détours de l'art les deux ou trois images simples et grandes sur lesquelles le cœur, une première fois, s'est ouvert » Albert Camus (L'envers et l'endroit, Préface).
Merci.
BOUHIOUI
Le dessin n'existe pas
(Num.188BOUHIOUI) 03 septembre 2011
Le dessin est l’une des formes essentielles d’arts visuels. C’est la première expérience artistique de la majorité des gens. Les enfants commencent à dessiner généralement entre l’âge de 18 et 24 mois. Ils débutent par des gribouillages avant de les transformer en des formes de plus en plus reconnaissables. Ces transformations qui ont lieu dans l’imagination des enfants constituent, sans doute, la vraie nature de l’art.
Le dessin est basé sur, et renforce, le sens de l’observation. Raison pour laquelle les peintres ont souvent besoin de dessiner quelques détails avant de commencer à peindre. Sous forme de croquis, il aide les artistes, les architectes ou les sculpteurs à visualiser les possibilités beaucoup plus rapidement qu’à l’aide d’autres moyens. Il permet ainsi l’exploration des diverses solutions et la résolution des éventuels problèmes de composition.
Évidemment, personne ne sait exactement quand les humains ont commencé à dessiner. Les anciens ont utilisé toutes sortes de supports et d’outils et, de nos jours, le dessin consiste typiquement en des lignes et des contours sur du papier. Depuis que les arabes ont introduit le papier en Europe, au 14ème siècle, il y est devenu le support principal. À partir de ce temps-là, chaque siècle a eu son lot de grands dessinateurs : De Vinci, Michel-Ange, Dürer, Raphael (du 14ème au 16ème), Rembrandt, P. P. Rubens, Poussin, Fragonard (17ème, 18ème), Degas, Cézanne, Goya, Ingres, Van Gogh, Géricault (19ème), Picasso, Schiele, M. C. Escher (20ème)…
Que ce soit dans les institutions académiques d’il y a plusieurs siècles ou dans les écoles, les universités et les ateliers d’aujourd’hui, on commence pratiquement toujours par enseigner le dessin pour enrichir l’imagination des étudiants, stimuler leur perception, développer leur sens de l’observation et débrider leur expression personnelle. Alors, malgré les grands bouleversements dans le domaine de l’éducation, le dessin reste le moyen primordial pour la transmission du savoir-faire d’une génération à l’autre. C’est un moyen facilement accessible, puisqu’il ne coûte pas cher, et qui permet aujourd’hui d’effacer ses erreurs et d’expérimenter diverses choses.
Un grand nombre d’amateurs d’art pensent que la créativité réelle est celle préservée sous forme de dessin. « Dessiner, c'est faire un geste expressif avec l'avantage de la permanence » a dit Henri Matisse. Certains amateurs préfèrent collectionner des dessins plutôt que des peintures. La « Tête de muse » de Raphaël (vers 1510) a été vendue chez Christie’s pour la somme de 47.6 millions de dollars –ce qui représente un record pour un dessin.
Mais ce qui est étonnant, c’est qu’il n’existe pas de lignes (base du dessin) dans la nature. Il n’y a que des surfaces et des volumes ! Oui, la ligne n’est qu’une entité imaginaire que les humains ont développée pour se rendre compte des divers effets que produit la lumière en heurtant les frontières des objets.
Merci.
BOUHIOUI
L’excentricité dans l’art
(Num.34 BOUHIOUI) 27 août 2011
Ce matin, j’ai vu des photos d’un artiste en train de peindre avec sa tête –dans le sens propre du terme. Ses cheveux pleins de peinture, il glissait son crâne sur la toile, l’air plutôt ridicule dans toutes ces positions inconfortables.
Certains artistes sont naturellement excentriques alors que pour d’autres, il s’agit simplement d’actes désespérés pour attirer l’attention du public. L’autre jour, la chanteuse Lady gaga a surpris tout le monde en s’habillant« normalement ». Elle a effectivement porté un tee-shirt tout à fait « ordinaire ! »Eh oui, aujourd’hui, il faut être bizarre ou malsain pour être considéré comme un artiste intéressant. Malheureusement, ce n’est pas parce les gens intéressants ont souvent un grain (plus ou moins pesant) d’excentricité qu’il faut simuler cette dernière pour paraître intéressant !
Il existe donc deux types d’excentricités : la vraie, qui peut relever du génie comme de la folie, et l’excentricité un peu forcée, voire même fausse qui, elle, fait plus pitié qu’autre chose. Dans le premier cas, la différence entre génie et folie est très mince -l’excentricité dans les petites choses où l’on n’implique que soi-même s’appelle « folie » et dans les choses importantes où l’on implique les autres, elle est appelée « génie ». Je ne parlerai pas du deuxième cas qui n’est autre qu’un triste moyen utilisé par des gens fatigués de se sentir « incapables ».
Sur wikipedia, l'excentricité psychologique désigne « une manière de penser, d'agir ou de parler qui s'éloigne de celle du commun des hommes, de la « norme» sociale.» À cela, j’ajouterais qu’une personne excentrique peut être vue comme étant intellectuellement « anormalement » indépendante. Mais là, j’aimerais marquer un arrêt sur la signification du mot« anormal » qui est simplement l’opposé de ce qui est normal, c’est- à-dire ce qui est adopté par la grande majorité des gens. Et les gens « normaux » sont ceux qui s’auto-déclarent sains d’esprit-ce qui est difficile à prouver.
Je pense que les artistes authentiques sont naturellement excentriques puisqu’ils choisissent ce métier incroyablement difficile qu’est la pratique de l’art. Il faut une bonne dose de force de caractère pour y plonger. Oui, l’excentricité abonde toujours dans le même sens que la force de caractère. Raison pour laquelle l’artiste caractériel qu’était Vincent Van Gogh a vécu sa courte vie en incompris. « Que suis-je aux yeux de la plupart des gens ? Une nullité, un excentrique, un homme désagréable. Quelqu’un qui n’a pas de situation sociale et n’en aura jamais. Bref, un peu moins que la plus grande nullité » disait-il.
Au beau milieu de la société, les gens sont tous liés les uns aux autres par des sortes de cordes qui leur donnent un sentiment de sécurité. C’est pour cela, que seuls les excentriques osent couper ce lien et devenir libres. L’écrivain britannique Malcolm Muggeridge disait que « seuls les poissons morts suivent le courant. »
Merci.
BOUHIOUI
Pour une fraction de seconde de bonheur
(Num.186 BOUHIOUI) 20 août 2011
L’œuvre d’art nous émeut du moment qu’elle nous rend, d’une manière ou d’une autre, ce que nous y investissons de nous-mêmes. Si elle crée en nous une dynamique d’émotion artistique, on peut dire qu’elle nous « touche ». Alors, je me demande si cette fameuse sculpture Trialogue de Hans Schleeh m’a vraiment « touché » ou non.
Un jour, en regardant pour la nième fois cette fameuse sculpture en plein air, je me suis laissé emporter par des pensées très inhabituelles, pour ne pas dire bizarres. En regardant longuement la sculpture qui fait près de huit mètres de haut, je me suis rendu compte que je ne la regardais plus et que je scrutais le ciel à travers elle. Je rêvassais en regardant le ciel à travers les bras et les bouts de corps des trois personnages constituant la sculpture.
Je me disais à peu près ceci : ces rayons solaires qui me permettent de voir cette sculpture viennent de loin ! Il leur faut une infime fraction de seconde pour rebondir sur la sculpture et arriver à mes yeux, mais il leur a fallu des milliers d’années de voyage auparavant.
Eh oui, ca ne paraît pas très plausible, mais les rayons de lumière qui nous permettent de regarder un objet ou d’apprécier une œuvre d’art en plein air mettent des milliers d’années à passer du centre du soleil où ils sont créés jusqu’à sa surface. Puis à partir de sa surface, ils mettent un autre tout petit huit minutes pour arriver jusqu’à la terre.
Pensez-y ! Ces rayons solaires qui nous permettent de voir sont créés au centre du soleil où il fait environ 15 millions de degrés ! À cet endroit, à chaque seconde qui passe, des millions de tonnes d'énergie pure sont créés sous forme de rayons gamma (invisibles). Il faut savoir que le centre du soleil est assez opaque, et que la lumière s’y déplace à peine mieux qu’à travers un rocher. Elle parcoure de très courtes distances avant d’être absorbée puis réémise dans des directions aléatoires. Pendant qu'elle se déplace vers la surface du soleil, l'énergie est continuellement absorbée et réémise à des températures de plus en plus basses, ce qui fait que lorsqu'elle atteint la surface, elle est principalement constituée de lumière visible.
Pour la petite histoire, sachez que notre beau soleil (une étoile naine jaune dans le jargon des astrophysiciens) gravite autour du centre de la voie lactée dont il est distant d’environ 250 à 280 millions de milliards de kilomètres. Sa période de révolution galactique est d’environ 220 millions d’années et sa vitesse est de 217 km/s !
Rendez-vous compte alors ! Cette lumière qui nous permet de voir et de vivre, passe des milliers d’années (certains parlent de centaines de milliers d’années) à l’intérieur du soleil avant de le quitter, puis de se déplacer par le plus pur des hasards jusqu’à la surface de l’œuvre d’art, de s’y réfléchir et de, finalement, pénétrer dans nos yeux et créer de l’émotion ! Des milliers d’années de voyage pour une fraction de seconde de bonheur !
Merci.
BOUHIOUI
Patrimoine architectural en danger
(Num.184 BOUHIOUI) 06 août 2011
L’immeuble Piot-Templier, de style néo-mauresque, construit dans les années 1920 par l'architecte Pierre Ancelle vient d’être détruit. Il a laissé un énorme vide face au marché central de Casablanca.
Les artistes qui ont manifesté leur mécontentement, mi-juillet 2011, devant les débris de l’immeuble, avaient l’air de bien peu de chose face aux bras en acier de la spéculation foncière, inculte et affamée. Que pouvaient faire les cris, les slogans et les danses improvisées devant les bulldozers de la culture?
L’envie de crier au crime contre la mémoire des casablancais, et des marocains aussi, est pressante. Les acteurs culturels casablancais sont en deuil –allez voir quelques-uns de leurs commentaires sur facebook ! Mais les choses ne sont pas simples. Pour être juste, il s’agit de souligner les multiples points de vue dans cette triste affaire.
Du point de vue du propriétaire de l’immeuble, il s’agit là d’un bien dont il a le droit de jouir à sa guise. Il a le droit de le vendre ou de le détruire comme il l’entend.
Les casablancais, quant à eux, ont le droit de sauvegarder leur mémoire. Certes, l’édifice n’évoquait pas une période glorieuse de leur histoire, puisqu’ils étaient sous protectorat, mais ils ont le droit au souvenir.
Les voisins de l’immeuble Piot-Templier, eux, sont contents de le voir disparaitre car l’édifice, comme le décrit un des voisins, s’était transformé en « un danger permanent, un repère de malfrats et de criminels en tout genre qui avaient pourri la vie des voisins pendant des années! »
Et puis, notons aussi que parmi les artistes qui ont manifesté leur colère, il y avait quelques français vivant à Casablanca. Pour ceux-là, l’intérêt est différent. C’est un peu comme nous-autres marocains vis-à-vis des monuments qu’ont laissé nos arrière-grands parents partout dans le sud de l’Europe –nous serions consternés de voir les espagnols détruire l’Alhambra à Grenade par exemple !
Alors, je ne me demande même pas pourquoi les autorités casablancaises ne l’ont pas rénové. En effet, si sa rénovation pouvait faire beaucoup d’heureux, sa destruction, elle, risque de rapporter beaucoup d’argent à quelques-uns.
Ce n’est peut-être pas le manque d’argent qui les a empêchés de restaurer l’édifice Piot-Templier. C’est le manque de volonté. Rappelez-vous des sommes astronomiques qu’on avait réussi à trouver pour construire la mosquée Hassan II de Casablanca. Là, il y avait une vraie volonté et on y était arrivé par tous les moyens !
En 1523, Charles Quint donnait l'ordre de continuer les travaux controversés de transformation de la mosquée de Cordoue (la mezquita) en cathédrale. Mais en voyant le résultat plus tard, Charles Quint fut attristé : « Si j'avais su ce qu'il y avait ici, je n'aurais jamais osé toucher à l'ancien édifice. Vous avez détruit quelque chose d'unique au monde, et avez construit ce que l'on voit partout »
Merci.
BOUHIOUI
La concentration
(Num.30 BOUHIOUI) 30 juillet 2011
Tenez, que pensez-vous de la concentration dans le travail de l’artiste ? Parmi les gens que je connais, qu’ils soient artistes, sportifs ou scientifiques, j’ai remarqué que les plus efficaces et les plus prolifiques sont ceux qui arrivent à se concentrer facilement.
Ces gens qui réussissent à se concentrer aisément disent qu’ils se sont forcés à apprendre à se concentrer, qu’ils ont dû apprendre à ne pas laisser les petites distractions de la vie interférer avec leur travail, et que le pouvoir de la concentration est quelque chose qui se travaille.
Ils ont pris l’habitude de faire un plan d’action et de l’exécuter calmement car ils ont une vision globale de ce qu’ils doivent faire.« La seule façon pour moi de bien travailler était d’utiliser le maximum d’observation et de concentration que je pouvais » Lucian Freud.
On dit que les rayons du soleil ne brûlent que lorsqu’ils sont concentrés. La concentration est donc le secret de la force, la clé magique qui ouvre les portes de la réussite. Son manque cause la dispersion, le gâchis d’énergie, et peut donc mener à l’échec, que ce soit en affaires ou en art.












































