(Num.128 BOUHIOUI) 29 mai 2010

J’ai découvert Jonas Gérard il y a peu de temps. Vous verrez rarement un artiste peintre s’amuser autant que ce casablancais de naissance, qui vit actuellement à Asheville en Caroline du Nord, et travaille dans un grand atelier qu’il transforme régulièrement en salle de spectacle où des gens viennent le regarder peindre en direct.

Je ne sais pas s’il danse en peignant ou s’il peint en dansant mais le résultat est très intéressant. Il faut voir ses vidéos sur Internet ! C’est du théâtre. D’ailleurs, il raconte lui-même qu’il aimait le théâtre et qu’il n’avait pas eu l’opportunité d’en faire.

Jonas Gérard est né à Casablanca en 1941, de parents Franco-Brésiliens. Il touche un peu à tous les types d’expressions artistiques (acrylique sur toile, techniques mixtes, collage d’objets trouvés, sculpture, peinture sur bois…). Cependant, on peut dire qu’il est essentiellement un expressionniste abstrait,  célèbre aussi grâce à ses impressionnantes séances de peinture en public.

C’est un artiste autodidacte. Il raconte qu’il a essayé une fois, de fréquenter une école d’art, et qu’on lui avait dit qu’il ferait mieux de faire autre chose. On oublie souvent que les techniques s’apprennent à l’école, mais pas l’art ! En tout cas, le voilà faisant partie de prestigieuses collections telles que The World Bank, Citibank International, et Florida Département of State, pour n’en citer que quelques unes.

Quand il peint, on dirait qu’il tire de l’énergie et un certain flux créatif de la musique -souvent brésilienne, qui se joue. Il commence par un dessin dont les courbes, les zigzags et les motifs semblent être dictés par le rythme ambiant. Ensuite, il entame la mise en couleur, toujours en suivant la cadence, avec cet air enviable de celui qui peint librement sans restriction et sans s’occuper de la critique.

L’approche abstraite de Jonas Gérard est spontanée, mais pas chaotique. Il faut du talent pour y réussir. «De tous les arts, la peinture abstraite est la plus difficile. Elle nécessite de bien savoir dessiner, d’avoir une grande sensibilité pour la composition et la couleur, et d’être un réel poète, ce qui est essentiel » Wassily Kandinsky. Ses compositions semblent reproduire l’inobservable tout en ayant du sens. Je veux dire qu’elles sont certainement le fruit de l’observation patiente du réel.

Il a beaucoup d’admirateurs, mais comme tous les artistes il ne fait pas l’unanimité. Certains trouvent qu’il est un peu trop dispersif. D’autres trouvent qu’il utilise  un peu trop de couleurs… Personnellement je trouve ses couleurs sublimes. C’est certainement les influences nord africaines de son enfance qui font que, comme nous, il n’a pas peur de la couleur. D’ailleurs, cette expression « trop de couleurs » me fait penser à la fameuse phrase que l’empereur germanique Joseph II (1741-1790), qui passait pour un magistral philistin, avait lancé à Mozart lors des répétitions de son opéra l'Enlèvement au Sérail : «Trop de notes, mon cher Mozart !»

Merci.

BOUHIOUI.

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